À l’instar de nombreux secteurs, l’industrie accuse une pénurie de compétences et interroge les stratégies pour attirer, former et fidéliser les talents. Le hackathon « L’Atelier du Vide », organisé par le campus des métiers et des qualification production industrielle de demain (CMQ PID) dans le cadre du salon Global Industrie 2026, a donné une traduction concrète à cet enjeu.
Le 31 mars, 30 étudiants en BTS Conception de Produits Industriels, issus de 6 établissements en région Auvergne-Rhône-Alpes, se sont confrontés à un défi industriel concret : comment optimiser des composants critiques d’une voiture Hypercar développée par DYSITECH ? L’événement a également pris une dimension internationale avec la participation d’étudiants éthiopiens anglophones présents à SIGMA à ce moment-là. Au-delà de la performance technique, que nous saluons, cet événement illustre les transformations à l’œuvre au sein des pratiques RH de l’industrie.
Au cœur de cette expérience, l’environnement de conception Onshape de PTC, plateforme de CAO entièrement basée sur le cloud, intégrant des outils de modélisation 3D, de gestion de données (PDM) et de collaboration en temps réel.
Donner envie et recruter
Formations opérationnelles, étudiants mobilisés : les forces vives de l'industrie sont prêtes à relever les défis de demain. Ainsi, les effectifs inscrits en cycle ingénieur ont progressé de plus de 5% en cinq ans. Pourtant, les entreprises industrielles peinent à gonfler leurs rangs.
Bastien Cruvellier, fondateur de DYSITECH, le souligne :
« Les entreprises ont du mal à recruter, et en parallèle, des jeunes ont du mal à trouver des opportunités. Il faut créer ce lien. »
Avec le développement de l’Hypercar PRÆDARIUS Aera, une automobile sportive, le hackathon s’est offert une inspirante vitrine. À travers la société DYSITECH, toute une industrie créative qui s’adresse ainsi à la nouvelle génération de talents. En ouvrant ses portes, en partageant ses problématiques, DYSITECH s’implique dans le parcours de formation et promeut une pédagogie active.
Apprendre autrement : les vertus de l’immersion et de la collaboration
Les étudiants devaient optimiser deux pièces critiques de suspension du véhicule, en analysant les contraintes mécaniques pour alléger la structure, tout en garantissant sa résistance et la faisabilité industrielle.
Ce type d’initiative se distingue par la pédagogie de l’approche. En quelques heures seulement, les étudiants ont dû :
- analyser des contraintes mécaniques complexes,
- proposer une optimisation de pièces critiques,
- intégrer des impératifs de fabrication (usinage ou fabrication additive),
- collaborer en équipe, souvent avec des profils inconnus.
Le sous-titre de cet hackathon organisé par le Campus des Métiers et des Qualifications PID est éloquent : « Quand l’intelligence de conception remplace le poids de la matière ». De quoi inviter à faire mieux avec moins, en articulant la créativité et la rigueur. Ici, il s’agissait notamment d’optimiser des pièces de suspension soumises à des contraintes extrêmes (jusqu’à 22 000 N), avec des objectifs de réduction de masse et de faisabilité industrielle.
Florian Charmette, membre de l’équipe victorieuse et étudiant à Hall 32, témoigne :
« On avait moins de 5 heures pour un projet qui prend habituellement entre 20 et 80 heures. C’était une expérience complètement différente. »
Il en résulte un apprentissage accéléré, parfaitement concret et impossible à reproduire dans le cadre académique.
Le rôle de l’outil dans la réalité industrielle
L’utilisation d’outils professionnels comme Onshape de PTC prend tout son sens. Même si les étudiants connaissaient déjà la plateforme dans le cadre de leur formation, cet usage en contexte, sous pression de la concurrence, a changé la donne. Sans doute la collaboration en temps réel est-elle le point le plus saillant de l’aventure :
« On pouvait travailler à plusieurs sur la même pièce en même temps. Sans ça, on n’aurait probablement pas obtenu le même résultat. »
Outre la performance technique, il faut donc relever l’immédiate montée en compétences. Plus généralement, plus profondément aussi, il en découle une réduction du temps d’adaptation en entreprise, soit une meilleure employabilité dès la sortie de formation. Florian Charmette l’a perçu :
« Utiliser un logiciel utilisé en entreprise, ça nous rend directement opérationnels. On n'a pas à reprendre une nouvelle formation en arrivant ».
Si certains étudiants maîtrisaient déjà Onshape, d’autres, à l’instar de Florian, ont fait leur apprentissage sur d’autres solutions. Toutefois, la prise en main fut aisée et tous purent se concentrer pleinement sur le défi.
Au-delà de l’outil, il y a donc une logique plus large : assurer cette continuité essentielle entre formation et entreprise et favoriser ainsi une intégration rapide dans le monde professionnel.
L’articulation entre soft skills et performance
Le défi technique est toujours un défi collectif, qui mobilise des compétences humaines essentielles. Les participants devaient travailler en équipe sans hiérarchie formelle, parvenir à collaborer avec des profils variés, gérer le stress, le temps et entretenir cette saine émulation d’où naissent les plus belles réussites.
Les équipes étaient délibérément mixtes. En croisant les établissements, le pari était de croiser également les approches. Il s’agissait, en somme, de reproduire, le plus fidèlement possible, les réalités de l’industrie moderne, avec ses projets transverses et collaboratifs.
Vers un nouveau modèle de collaboration formation-industrie ?
En définitive, ce hackathon a illustré une tendance de fond : l’hybridation des mondes académique et industriel. Les talents existent, indiscutablement. Il leur faut à présent un cadre plus connecté à la réalité industrielle. En ce sens, l’immersion et la création d’expériences où se développent les compétences opérationnelles seront des voies à privilégier pour répondre aux défis de recrutement.